À Fort-de-France, Adeline Chapin réveille les bijoux créoles oubliés
Qui est Adeline Chapin, la créatrice derrière la marque Calendé ?
Originaire de Martinique, Adeline Chapin a bâti sa marque Calendé autour d'une double casquette peu commune, celle de documentaliste et celle d'artisane bijoutière. Elle exerce ce métier de créatrice depuis dix ans, animée par l'envie de comprendre et de faire vivre les bijoux que portaient les femmes de son île il y a plusieurs générations.
Tout part d'un bijou à la silhouette singulière, qui attire son regard sans qu'elle en connaisse l'origine. Ce bijou, c'est le zannoclou, une boucle d'oreille traditionnelle typique de la Martinique, pièce maîtresse du patrimoine de l'île mais que plus personne ne porte aujourd'hui. Intriguée, elle décide de remonter le fil de son histoire.
Comment une boucle d'oreille oubliée est-elle devenue un vrai travail d'enquête ?
Depuis plusieurs années, Adeline Chapin recherche des traces du zannoclou partout où elle le peut, auprès de particuliers comme d'experts, pour rassembler témoignages, images anciennes et documents. Elle a ainsi constitué au fil du temps une collection de clichés de femmes du XIXe siècle et de bijoux d'époque, qui l'aident à reconstituer l'histoire de cette pièce pas à pas.
Le parcours du zannoclou a de quoi surprendre. Selon ses propres recherches, « il apparait en 1832 sur la statue de la Vénus noire de Charles Cordier », avant de disparaître puis de réapparaître un siècle plus tard aux oreilles des Martiniquaises, sans qu'on sache exactement pourquoi ce bijou a traversé le temps de cette manière si particulière, et sans qu'elle en retrouve de trace en Guadeloupe ou en Guyane.
D'où vient le travail de Calendé à Fort-de-France ?
C'est en résidence de recherche et de création chez SeizeMètresCarrés, un lieu artistique martiniquais, que Calendé a commencé à prendre forme autour de ce patrimoine bijoutier. Cette installation a permis à Adeline Chapin d'être accueillie dans le cercle restreint des artisans bijoutiers de Fort-de-France, où les échanges de savoir-faire se font souvent de bouche à oreille.
Ses créations puisent largement dans les formes du vestiaire créole d'autrefois, entre chaîne forçat, collier choux ou boucles d'oreilles en feuilles de raisinier, pour leur donner une lecture plus actuelle. Un travail que la créatrice résume elle-même en expliquant qu'elle explore la contemporanéité du bijou créole.
Pourquoi cette démarche a-t-elle été remarquée jusqu'à Paris ?
Le travail mené depuis la Martinique a franchi l'Atlantique en ce mois d'octobre. Adeline Chapin a présenté son exposition consacrée au zannoclou à la librairie Calypso, dans le 14e arrondissement de Paris, dans le cadre du festival international consacré à la bijouterie contemporaine, Parcours Bijoux 2026, qui réunit plus de 200 artistes et artisans dans une trentaine de lieux parisiens.
Une reconnaissance qui vient saluer un parcours mêlant passion créative, engagement patrimonial et transmission culturelle, selon les mots mêmes employés pour décrire sa démarche. En creusant sans relâche l'histoire du zannoclou, Adeline Chapin espère surtout que ce bijou retrouve toute sa place dans la mémoire martiniquaise.
Si tu croises un jour une création Calendé, feuille de raisinier en métal travaillé ou version réinventée du zannoclou, tu portes un petit morceau d'histoire antillaise, remis au goût du jour par une bijoutière qui a fait de la mémoire son matériau de prédilection.
Sources
- Outre-mer La 1ère, « Pourquoi un bijou aussi différent a-t-il intégré l'apparat ? », la créatrice martiniquaise Adeline Chapin dévoile les secrets du Zannoclou à Paris, 2026, la1ere.franceinfo.fr
- RFI, Paris célèbre la bijouterie contemporaine martiniquaise avec Adeline Chapin, 2026, titrespresse.com
- OÜA (art et métiers d'art), Calendé, préservation du patrimoine bijoutier martiniquais, 2025, oua-concept.com
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